Pure vision

778 h9Après un temps maussade, puis très pluvieux hier soir, il fait de nouveau grand beau ce matin ; l’aube était particulièrement belle et lumineuse. Je continue à me lever à 4 h 30 et à pratiquer le ngöndro* : il me met dans une bonne disposition pour commencer la méditation dans les jhanas*. Ce matin, après avoir erré un moment dans des jhanas impurs, comme ces derniers jours, j’ai eu ma première expérience vraiment forte de cette retraite. Je pourrais la comparer à un bain dans l’océan : on saute sur place à chaque vague, tout en gardant l’équilibre et la tête hors de l’eau ; et soudain, une grosse vague arrive : on est renversé, emporté, submergé, on boit quelques tasses et on ne refait surface qu’après un moment, désorienté, ébouriffé, éberlué. C’est un peu similaire : l’ego est renversé ; alors que d’habitude, il garde toujours le contrôle d’une partie de soi-même. Mais dans un jhana complet, les obstacles disparaissent, ainsi que les préférences, et on se retrouve avec la pure vision : tout est beau et parfait, et étincelle de clarté et de pureté.

Cette expérience se prolonge parfois après la méditation et je l’ai conservée pendant la marche méditative et la promenade que j’ai faite dans le parc après le petit déjeuner. Je voyais les arbres, la nature, avec un œil nouveau, émerveillé, comme si je les voyais pour la première fois. Plus de jugement, plus de dualité, juste la simplicité naturelle, libre de pensées et d’émotions : une totale équanimité, sans désir ni aversion. C’est extraordinaire et, comme disait Ayya Khema*, c’est l’état qu’on voudrait garder tout le temps. Malheureusement, il disparaît et on l’oublie, comme un beau rêve ! Alors, les préférences et les doutes reviennent.

 

Ngöndro (tibétain) : pratique quotidienne du bouddhisme tibétain (et du dzogchen en particulier) qui comprend la prise de refuge et les prosternations, la pratique de guérison de Vajrasattva, l’offrande du mandala et le guru yoga.

Jhana (pali ; sanscrit : dhyana) : absorption méditative. Les jhanas sont des états de profonde méditation produits par la concentration. Les enseignements du Bouddha citent huit jhanas – quatre jhanas de la sphère matérielle subtile et quatre jhanas de la sphère immatérielle. Si Ayya Khema insistait beaucoup sur l’importance de la pratique des jhanas, curieusement, ils sont rarement enseignés dans les milieux bouddhistes occidentaux, et même souvent déconseillés.

* Ayya Khema (1926-1997) : née à Berlin, Ayya Khema fut ordonnée nonne en 1979 au Sri Lanka. Elle enseignait le bouddhisme theravada et la pratique des jhanas. Elle fonda en 1978 le Wat Buddha Dhamma, un monastère de la forêt situé en Australie, où j’ai fait ma première retraite avec elle en février 1990 (voir Journal février 1990 – Le parfum de l’éveil). Elle fut ensuite mon principal maître spirituel jusqu’à sa mort.

 

Texte : Journal, 7 février 1991, Burradoo (Australie) – retraite avec Ayya Khema
Peinture : 778 Lumière blanche – 32 x 24 cm – Acrylique sur papier

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