Non-effort

1046 h9Hier matin, en rentrant du yoga, j’ai fait deux heures de méditation : elles m’ont fait beaucoup de bien. En ce moment, mes méditations du matin et du soir sont plutôt frustrantes, car je suis trop fatigué, je somnole et ne peux ni me concentrer ni baigner dans le grand calme silencieux et sans effort. C’est cela dont j’ai besoin, mais bien sûr, cela ne fait pas avancer mon travail. Il n’est pas facile de trouver l’équilibre entre toutes ces activités, discussions, projets d’avenir, pratiques… Ce dont je me rends compte de plus en plus, c’est qu’il faut que je calme mes désirs, mes attentes et mes initiatives : que je me laisse porter par le flux. Répondre aux demandes plutôt que les susciter ; être dans un état d’ouverture, de disponibilité, de lâcher-prise, de don, de diffusion, plutôt que d’initiatives et de désirs afin de rassembler, d’accaparer et d’entreprendre ; dans le wu wei* plutôt que dans l’action. Ainsi, je pourrais me débarrasser d’un fardeau et retrouver le repos du non-effort. Ce n’est pas par l’effort qu’on peut se libérer, c’est au contraire en renonçant à tout effort ; car tout effort est une affirmation de l’ego pour résister au flux ; le lâcher-prise, lui, n’a besoin d’aucun effort : c’est précisément le non-effort.

Cela veut dire aussi abandonner l’attachement à toutes les petites tâches et pratiques qu’on pense importantes et nécessaires, comme tenir un journal, mettre au net des notes et s’activer dans toutes les directions au lieu de lâcher prise et de se soumettre au flux de la vie. Il y a un sérieux travail à faire sur cette idée. Et faut-il vraiment, d’abord, finir et mettre à jour tout ce qui a été entrepris dans le passé ? Ayya Khema* dit que ce n’est pas nécessaire; mais je suis encore très attaché à l’idée du travail accompli !

 

Wu wei (chinois) : littér. ne pas faire, non-action. Le wu wei est une philosophie de vie prônée par les taoïstes, qui consiste à s’abstenir de toute intention d’accomplir quoi que ce soit. Le pratiquant du wu wei se contente de suivre le flux de la vie en répondant spontanément aux besoins et aux demandes qui se présentent.

* Ayya Khema (1926-1997) : née à Berlin, Ayya Khema fut ordonnée nonne en 1979 au Sri Lanka. Elle enseignait le bouddhisme theravada et la pratique des jhanas*. Elle fonda en 1978 le Wat Buddha Dhamma, un monastère de la forêt situé en Australie, où j’ai fait ma première retraite avec elle en février 1990 (voir mon livre Le parfum de l’éveil). Elle fut ensuite mon principal maître spirituel jusqu’à sa mort.

 

Texte : Journal, 10 mars 1990, Bangkok
Peinture : 1046 Peinture de guérison – 32 x 24 cm – Acrylique sur papier

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