La lune

733 h9Je regarde la lune se coucher. Elle n’est pas aussi belle que dimanche, quand elle était pleine et s’est couchée juste derrière le sommet de Moorea, au moment où celui-ci était frappé par les premiers rayons du soleil matinal, à 6 heures. Devant ce specta­cle émouvant, je pense une fois de plus au mouvement de la lune autour de la terre, et réalise qu’il n’est pas aussi rapide qu’il nous paraît, lorsque nous voyons chaque jour la lune se lever et se coucher. En réalité, il est très lent, puisque la lune met envi­ron vingt-huit jours pour faire le tour de la terre ; alors que nous tournons vingt-huit fois sur nous-mêmes pendant ce même laps de temps. En fait, chaque jour ou chacun nuit, nous retrouvons la lune pas très loin de là où nous l’avons vue la veille à la même heure. C’est évident, mais on n’y pense pas immédiatement.

J’imagine aussi la vision de la terre depuis la lune, depuis la face où on la voit, bien sûr. Elle doit se trouver toujours à la même place, à peu près ou très précisément, et sembler immo­bile. Par contre, comme en vingt-quatre heures la terre tourne entièrement sur elle-même, elle montre successivement à la lune ses différents continents.

Sur la lune, le jour solaire est de quatorze jours, après quator­ze jours de nuit. Mais pendant ces quatorze jours de nuit, il y a toujours un lumineux clair de terre (sur la face tournée vers la terre, bien sûr). Beaucoup plus lumineux que nos clairs de lune, puisque le diamètre de la terre est 3,6 fois plus grand que celui de la lune, et sa surface projetée 13,5 fois plus grande.

Je me suis demandé aussi si, au pôle, on voyait parfois une lune qui ne se couche pas pendant vingt-quatre heures, comme le soleil de minuit, et si le soleil et la lune tournent alors en rond, chacun à leur rythme, à la poursuite l’un de l’autre : j’imagine cet étonnant spectacle.

Le mouvement des étoiles dans le ciel – et en particulier de la terre, du soleil et de la lune – est un sujet de méditation dont je ne me lasse jamais, et que je peux visualiser de mille façons dif­férentes. Cela me demande toutefois un effort de raisonnement, de concentration et de vision dans l’espace. Mais peut-être qu’un jour je percevrais sans effort le système solaire complet et son évolution de chaque instant dans l’espace-temps ; les mou­vements continus et immuables produits par la succession des visions instantanées de toutes ces constellations et ces galaxies qui paraissent immobiles ; ou l’étrange volume formé par les trajectoires passées et futures de tous les astres, qui, pour un œil à l’échelle de l’univers, représenteraient le corps d’un gigantes­que être de lumière ; un être comme moi, peut-être, qui observe aussi, dans son ciel à lui, les mouvements mystérieux de myria­des d’étoiles d’une autre dimension.

 

Texte : Journal, 30 septembre 1985, Faaa (Tahiti)
Peinture : 733 Ombre et lumière – 30 x 24 cm – Acrylique sur papier

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Une réflexion sur “La lune

  1. Bien souvent tu me regales l àme……surtt ces derniers articles !!!! J ai bien svt pensé a tt cela aussi….. Quand reviens tu ??? J espere que ton corps va pour le mieux et que ton Etre  est…….. T embrasse

    Envoyé depuis mon appareil mobile Samsung.

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