Silence

1130--H9Depuis quelques semaines, il me semble avoir une nouvelle perception du silence. J’ai eu de nouveau une forte expérience à ce sujet hier soir en écoutant Mooji. Le silence, n’est-il pas précisément cette vraie nature que Mooji nous incite inlassablement à reconnaître ? Pourtant, il n’y a pas beaucoup de silence pendant les satsangs de Mooji, car il parle beaucoup. Dans le satsang du 21 juillet (que j’écoutais hier soir), il demandait à son interlocuteur « mais qui êtes-vous, qui est ce je dont vous parlez sans cesse, j’aimerais bien le rencontrer » ; celui-ci ne savait pas que répondre ; à un moment, il a dit « c’est mon esprit », mais ce n’était pas la réponse que Mooji attendait. Si j’avais été à sa place, j’aurais répondu « pouvez-vous cesser de parler pendant une minute ? » ; puis ensuite, « c’est dans ce silence que nous nous rencontrons, car nous le partageons : voilà notre vraie nature ! »

Ce silence signifie la même chose que la tranquillité dont parle Éric Baret, ou la conscience dont parle Mooji et d’autres ; on peut aussi l’appeler présence (dans le sens de awareness). L’espace, la vacuité, rigpa, la nature de bouddha, le « je suis », sont d’autres mots qui signifient la même chose. Le silence est peut-être le mot qui me parle le plus. Je pense au son du silence d’Ajahn Sumedho. L’expérience du silence est aussi celle de Yolande Duran.

Le silence – comme la tranquillité, la présence ou l’espace – ne demande aucun effort : un point sur lequel Mooji insiste beaucoup ; il est toujours présent, ne change jamais ; il n’est pas affecté par les bruits, les plus subtils ou les plus violents. Comme l’écran blanc n’est pas affecté par les images du film, ni le miroir par les reflets du monde. De même, la conscience (awareness) n’est pas troublée par les turbulentes expressions de la manifestation ; pourtant rien ne lui échappe. Le silence n’interdit pas d’agir, de parler, de penser ou d’avoir des émotions ; au contraire, c’est lui qui les suscite et les inspire. On ne devient pas un légume ou une plante verte.

Le silence dont je parle n’est pas un vide ou une absence de sons ; ou de toutes autres perceptions sensorielles ; car il ne s’agit pas d’un silence uniquement sonore : il est aussi visuel, tactile et mental. Mais il n’empêche pas la manifestation, il ne s’oppose pas aux perceptions sensorielles ; il est l’espace dans lequel elles apparaissent et disparaissent : il les contient toutes. Ce silence – s’il est très profond, insondable – n’est pas pour autant silencieux ; il y règne un bruit bien particulier : le son du silence, précisément. Ne serait-il pas le fameux frémissement (spanda) dont parlent Daniel Odier et les adeptes du shivaïsme du Cachemire ?

 

Texte : Journal, 29 juillet 2013, Cabrières d’Aigues
Peinture : 1130 Silence – 54 x 44 cm – Acrylique sur papier

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