Fin de la sagesse

1235-H9Nietzsche disait que les émotions (le rire, les larmes, la haine) sont ce qui engendre le sens, ce qui donne la vision profonde, permet la création, révèle la réalité. De même, chez les bouddhistes, dukkha* est le début de la voie vers la réalisation. La fin de dukkha serait donc la fin de la sagesse, considérant que la sagesse, la vérité, est quelque chose de fini, d’absolu, de permanent, qu’on peut atteindre une fois pour toutes ; alors, la quête est finie. Cette sagesse met fin à la souffrance, qui devient du même coup inutile, puisque le sens est complètement acquis. C’est la théorie bouddhique de l’illumination « totale » d’un bouddha. Le tout est de savoir si, dans la réalité de la vie, et non comme symbole conceptuel, cet état peut exister comme un point fixe, fini, à atteindre dans l’espace et le temps (puisque l’être qui l’atteint est vivant dans l’espace et le temps et ne se volatilise pas lors de l’illumination) ; ou si c’est un objectif infini, au-delà de l’espace et du temps, vers lequel on ne peut que tendre asymptotiquement, mais qu’on n’atteint jamais. En conséquence, on est toujours sur la voie, jusqu’à la fin des temps (ou au-delà) : on n’est jamais complètement libéré de la souffrance, et on ne possède jamais complètement la vérité… C’est ce que j’aurais tendance à croire : il y a toujours une autre montagne derrière celle qu’on voit (comme lorsqu’on tourne en rond autour de la terre). Je n’adhère pas à l’idée d’un cycle ou d’un éternel retour, mais plutôt à celle d’une spirale, ou d’un cercle dont les conditions ont changé pendant qu’on le parcourait, et qui n’est plus le même lorsqu’on y revient.

 

* Dukkha (pali) : insatisfaction, imperfection, souffrance. Dans le bouddhisme, c’est une des trois caractéristiques de l’existence et de tous les phénomènes. Les deux autres sont anicca (l’impermanence) et anatta (l’impersonnalité). Il y a trois sortes de dukkha : le dukkha de la souffrance : la souffrance est douloureuse par elle-même ; le dukkha du plaisir : le plaisir n’est pas complètement satisfaisant parce qu’il contient l’incertitude de son accomplissement et de son prolongement, la crainte de sa cessation et la nature douloureuse de la lassitude et de la satiété qu’il ne manquera pas de produire ; et le dukkha inhérent à tous les phénomènes conditionnés.

 

Texte : Notes de Dharma, 22 juin 1993, Hua Hin
Peinture : 1235 Plénitude – 54 x 44 cm – Acrylique sur papier

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