Oublier le passé

417-H9J’ai l’impression que je commence à être moins attaché à certaines choses, comme mes tableaux, mes papiers, mes écrits : à la mémoire du passé, qui me poussait à tout écrire, recopier, photocopier, garder. Je continue à écrire, recopier, classer, par habitude, mais sans la peur d’oublier ou de perdre une idée ou un document, que j’avais ces dernières années. Je n’ai plus envie non plus de tout photographier pour garder une trace de mes visions. J’avais cultivé cette manie avec Jacques. Il est vrai que je n’ai pas beaucoup, ou plus beaucoup, de mémoire. J’oublie presque tout ce que je lis, et certaines choses me reviennent à l’esprit quand je relis mes notes. Est-ce donc bien utile de lire autant ? J’ai l’impression toutefois que les idées restent gravées quelque part et que petit à petit j’assimile beaucoup de choses sans m’en rendre compte.  Sinon, pourquoi lire ? Peut-être me détacherai-je aussi de la lecture, un jour je ne lirai plus du tout, qui sait ?

J’ai remarqué, lors de mes visites européennes et des discussions avec mes amis, que j’ai complètement oublié certains épisodes et certaines périodes de ma vie. Peut-on oublier complètement le passé, comme on oublie ses vies antérieures ? Est-ce vraiment utile de se souvenir de son passé ? C’est un poids qu’on traîne derrière soi et qui nous importune plus qu’autre chose. Certaines personnes retirent une certaine fierté, une certaine gloire de leur passé, d’où les discussions d’anciens camarades qui se remémorent les exploits de leur jeunesse : cela ne me passionne plus. Ce qui est passé est passé, il ne faut ni le renier ni le regretter : on peut tout aussi bien l’oublier. Il y a sans doute des influences karmiques, qui nous perturbent pendant un certain temps, puis peu à peu s’estompent, comme les souvenirs…

Est-ce que je commencerais à savoir vivre dans le présent, sans penser au passé et sans me soucier de l’avenir ? Pas encore complètement. Mais je m’en fais moins pour l’avenir, je laisse venir et compte sur ma bonne étoile et sur Dieu pour m’aider au besoin. De toute façon, notre destin est inscrit et s’en soucier n’y changera rien ; j’ai de plus en plus l’impression que rien d’insupportable ne pourrait m’arriver, que je saurais m’adapter sans trop de problèmes à toutes les circonstances. Quant au passé, j’ai encore beaucoup de visions, de flashes, de rêves qui m’y replongent, mais avec de moins en moins d’insistance, des visions qui passent sans s’arrêter, et qui m’affectent de moins en moins ; souvent je n’y prête même pas attention, cela me semble bien loin et bien extérieur à moi, et le passé récent me semble déjà ressortir de la nuit des temps… C’est vraiment très loin de la réalité. Notre vie en ce monde n’est pas la réalité, ce n’est qu’une suite d’illusions qui s’estompent rapidement. Tout est impermanent, et en premier lieu nous-mêmes.

 

Texte : Journal, 5 juillet 1987, Faaa (Tahiti)
Peinture : 417 Yi Jing 17 (Suivre) – 42 x 30 cm – Acrylique sur papier

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